Capture d’une princesse

Capture d’une princesse

L’Histoire des services à la mer et dans les ports écrite par Claude-Vincent Polony après qu’il eut cessé de courir les mers.

Ce récit se place dans une campagne de traite en Guinée en 1784 à bord navire négrier les Trois Frères

 

Arch. dép. Char. – Mar., 4 J 4311.


Transcription :

Dans le nombre de ces captifs venus de Louango, se trouva une femme qui, peu de jours après être à bord, se fit remarquer, non par une belle physionomie ni des formes absolument agréables – elle n’était plus de la première jeunesse – mais [par] un air d’aisance et de fierté qui la distinguaient de toutes les autres, pour la plupart annonçant moins d’intelligence même que certains animaux, inspira pour elle de l’intérêt et séduisit tellement notre premier chirurgien qu’il lui jeta le mouchoir. Cette faveur qu’elle accepta gai[e]ment fut bientôt suivie de la qualité de quartière maîtresse ; grade que l’on confère ordinairement à quelques esclaves des plus raisonnables dans les deux sexes, pour faire la police sur tous les autres. L’autorité despotique qu’elle déploya dans ses fonctions et le bon ordre qui en résulta, prouva bientôt qu’on n’aurait pu faire un meilleur choix ; et fit reconnaître aussi dans cette femme, un caractère de hauteur qu’elle manifestait même envers tous les blancs, autre que le Capitaine, le second et celui dont elle partageait la cabane. Elle se fit appeler à bord Quimambouc nom distingué dans certaine contrée de l’Afrique, dont l’un des premiers chefs porte la qualification de Mambouc.

 
Chaque fois qu’elle paraissait sur le pont toutes les autres aussitôt lui faisaient le Saguila, (battre des mains tous ensemble 8 à 10 coups), dès ce qu’elle était assise, cinq ou six femmes se rangeaient autour d’elle ; lorsqu’elle était dans la cabane du Médecin, ...